Médecine et transhumanisme : un aperçu rapide

D’aucuns considèrent que la santé s’oppose au pathologique, et consisterait en un état où corps et mental ne sont troublés par aucune affliction. La santé est d’ailleurs vue comme l’état initial de l’individu, en plus d’être celui que nous cherchons à retrouver lorsqu’il est perdu. Indépendamment du fait que la santé est aussi absence de douleur, elle est vue comme l’état idéal et normal dans lequel devrait se trouver un individu, autrement dit comme une norme. Être « en bonne santé », ce serait donc être dans la norme, et à l’inverse le pathologique renverrait à tout ce qui est en-dehors de cette même norme.

Toutefois nous pouvons aller encore plus loin en nous appuyant sur la définition donnée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : « La santé est un état de bien-être complet physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » En ce sens nous devons admettre que la santé est un état global, qui ne peut se résumer à l’absence de blessure, de maladie, ou pour le dire de façon plus générale, l’absence de trouble. À la santé du corps, la fameuse aponie des antiques épicuriens, s’ajoute encore la santé mentale.

Chaque objet a sa discipline, et la santé ne fait pas exception à la règle. C’est à la médecine, et plus généralement au soin de veiller au maintien de cet état de quiétude chez les individus. Pour ce faire, de nombreuses techniques de soin ont émergé au fil de l’Histoire, parfois très différentes voire concurrentes, mais oeuvrant toujours pour le même objectif. En effet, si la médecine traditionnelle chinoise peut nous paraître bien farfelue comparée à nos pratiques occidentales, l’acupuncteur sert pourtant le même but que le chirurgien en blouse blanche : la santé du malade, lui permettre de retrouver cet état dont la pathologie l’a éloigné.

Alexander_Fleming_1945L’évolution des différentes médecines est consubstantielle à l’apparition de nouvelles pratiques médicales, et par conséquent à de nouvelles techniques de soin. Le progrès de la médecine s’est effectivement fait aux côtés des grandes découvertes scientifiques : on pensera par exemple aux travaux du biologiste Alexander Fleming (ici représenté à gauche) sur le champignon Penicillium notatum en 1928, ayant finalement abouti à la découverte des antibiotiques et leur grand potentiel curatif. Ainsi n’est-il pas très difficile de constater que sciences et médecine entretiennent un lien étroit, notamment quand il s’agit de disciplines côtoyant de près le vivant, comme la biologie.

Mais l’émergence récente de nouveaux travaux scientifiques mettent en branle ces convictions autrefois pérennes. Des techniques inédites apparaissent en effet ces dernières décennies, annonciatrices d’une nouvelle ère scientifique appelée transhumanisme. Ce mouvement intellectuel et culturel international prône l’usage des sciences et des techniques pour améliorer la condition humaine, en réparant et repoussant certaines de ses plus grandes vulnérabilités telles que la maladie, le vieillissement ou le handicap. Il est donc évident que ce mouvement a un impact fort sur le milieu de la santé, notamment via les importants progrès en nano et biotechnologies, la robotique, ou encore les sciences cognitives. Il apparaît aujourd’hui que la biologie n’est plus le champ de recherches privilégié par la médecine.

Dna-iconCes derniers champs constituent ce qui est désigné sous l’acronyme « NBIC », et qui est aujourd’hui au cœur des débats sur l’orientation que doit prendre la médecine. La question de savoir si les NBIC peuvent et doivent jouer un rôle dans l’avenir du soin n’a jamais été autant actuelle puisque la médecine prédictive, ou encore la modification du génome humain sont des thèmes qui seront abordés lors de la révision des lois de bioéthique en cette année 2018.

Mais si la question est de savoir si les NBIC peuvent constituer l’avenir des soins et de la santé, le fait est que nous pouvons d’ores et déjà admettre que nous sommes déjà tous des transhumanistes. En effet, nous sommes beaucoup plus proche du transhumanisme que nous le pensons ! Les progrès de la science nous ont permis d’augmenter notre espérance de vie, et de soigner des pathologies que nous jugions incurables par le passé (pensons aux maladies cardiaques et au pacemaker). Nous avons aujourd’hui des exosquelettes pour compenser un corps fragile, succédant logiquement aux prothèses que nous utilisons depuis des siècles. Le transhumanisme actuel n’est en réalité que la continuation d’un progrès permanent vers le mieux vivre et la santé, un effort aux origines anciennes, qui a peut-être même commencé avec l’invention des lunettes dès la fin du XIIIe siècle ! Or, si nous acceptons de porter des verres pour corriger une myopie, pourquoi faudrait-il refuser une opération de l’oeil afin d’éradiquer la pathologie à sa source, ou encore une technologie permettant aux aveugles de retrouver la vue, comme le suggèrent les divers projets d’oeil bionique en cours de développement ?

Fixer les limites des progrès technologiques est donc particulièrement difficile car ils s’inscrivent dans l’histoire des sciences et des découvertes toute entière.

L’émergence de ces nouvelles techniques s’accompagne de nombreuses questions épistémologiques et ontologiques : qu’est-ce qui est médical, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Comment penser le nouveau champ d’action de la médecine face à ces progrès technologiques et l’élargissement des possibilités ? Quelles seront les conséquences sur la relation entre le médecin et le patient, compte tenu du gain d’autonomie considérable auquel pourra accéder ce dernier ? Mais également des questions éthiques, afin de savoir si nous devons fixer des limites à ne pas franchir, ou au contraire encourager ce progrès. À moins qu’il ne vaille mieux éviter cette vision binaire, et plutôt accompagner ce progrès tout en restant assez en retrait pour conserver un regard objectif sur la question ?

Une chose est sûre cependant, c’est qu’une réflexion éthique et politique doit être ouverte au cœur de la société, car les enjeux des technosciences sont tels qu’ils ne peuvent être autrement que pensés et discutés lors de débats citoyens, comme ceux organisés sur tout le territoire dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

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