Je veux comprendre… LE DIEU DE SPINOZA feat. STAR WARS

SALUT.

J’avais oublié que vous étiez là, dites donc. Faut vous démarquer, montrez que vous êtes là, que vous existez, je ne peux pas penser à tout moi. Entre les partiels et les révisions qui vont avec, je ne sais plus où donner de la tête, et malgré toute la meilleure volonté du monde je n’ai clairement pas le temps d’organiser une thérapie de groupe pour mes lecteurs trop inhibés. Halala, heureusement que le petit maigrichon du fond a honteusement bâillé pour manifester son ennui, sinon je crois que vous seriez restés là à m’attendre jusqu’à perpette. Y aurait eu des squelettes et du moisi partout, ça aurait fait désordre. Mettez-y un peu du votre les gars. Vous êtes une équipe !

Bon. Comme je prends ma mission très à cœur, je vous sors un article de derrière les fagots, bien d’actualité. Non, ce n’est pas sur Noël.

Pourtant, il a bien un rapport avec un truc de portée internationale, qui est arrivé en décembre cette année… rah j’arrive pas à me rappeler quoi… j’me demande bien c’que ça peut être. Pourtant je suis sûre que c’est typiquement le genre de truc qu’on oublie difficilement tant on l’a vu partout. Voyons voir… quelque chose de grande ampleur, qui fait parler tout le monde ce mois-ci et qui réunit toutes les générations…

…Je ne crois pas, non.

Ah oui. Ça me revient.

Vous devez tellement en avoir marre en plus. Vous pouvez me détester. Parce qu’on va encore en parler. Je me conforme au système moi monsieur, j’ai jamais pu blairer ces anarchistes de toute manière. SALES MARXISTES.*

Ho ho ho.

Non en vrai c’est juste que j’aime Star Wars. « Ah bon ? Meuf, tu nous apprends un truc là. » Oh ça va hein. J’en ai rien à faire de votre sarcasme. Bande de méchants. J’ai même vu The Force Awakens aujourd’hui (au moment où j’écrivais cet article, on était encore aujourd’hui, c’est-à-dire lundi, c’est-à-dire le 21 décembre). C’est le meilleur film de la décennie et le pire film de tous les temps à la fois. Les vrais comprendront 😥 (ILS AVAIENT PAS LE DROIT ILS AVAIENT PAS LE DROIIIIIIIT). Je suis allée le voir avec une amie (hein ? Oui elle aime Star Wars aussi, non je l’y ai pas traînée de force, je fais pas ça moi. Pas trop. Pas avec tout le monde. OH CA VA HEIN.), on est passées par toutes les émotions, c’était bizarre. On était comme des gosses.

Donc oui on va causer de Star Wars, mais vous inquiétez pas, ça va être rigolo, vous allez apprendre des trucs, bonne ambiance, toussa toussa. Cette intro est beaucoup trop longue.
Hein ? Le philosophe qu’on va aborder ? Vous voulez pas plutôt qu’on fasse un article rien que sur Star Wa… OK OK. C’est Spinoza. Contents ?

Baruch Spinoza (Sancho pour les intimes, héhé ;)))) ) est un philosophe du XVIIe siècle, aux origines brésiliè… portugaises mais ayant vécu et grandi en Hollande. Sa pensée et ses écrits ont eu une influence considérable sur ses contemporains, mais aussi sur beaucoup de penseurs qui sont arrivés après lui.

Mais Baruch a eu pas mal d’ennuis de son vivant, parce que même s’il était issu d’une famille juive, ben lui la religion, le culte, tout ça, il était pas super chaud-chaud quoi. Le bonhomme a pris ses distances avec toute pratique religieuse, mais a commencé à avoir un avis critique sur les positions traditionnelles, notamment sur les religions révélées.

Pourtant, Baruch n’est pas athée : il soutient simplement une conception de Dieu qui est un peu (beaucoup.) différente de ce qui se faisait à l’époque ! Mais ça n’a pas empêché ses contemporains de le considérer comme un auteur irréligieux. Baruch, c’était le mec dont on se méfiait quoi.
Aujourd’hui, Spinoza est un auteur incontournable, et de nombreux philosophes ont vanté ou vantent encore ses mérites : par exemple Gilles Deleuze, qui le considérait comme un « Prince des philosophes ». Un mélange exotique entre Socrate et Ali-Baba, moi je dis, c’est grave la classe.

Le livre de Spinoza qui va nous intéresser dans cet article, c’est l’Ethique. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’on va parler de Dieu. Et de la Force dans Star Wars. (Après cette déclaration, je crois que c’est pile le moment de rajouter une grosse explosion histoire de montrer à quel point c’est badass. Michael Bay, Michael, où es-tu ?)

I. L’exégèse rationaliste

Autant commencer par le commencement ! Spinoza est l’un des premiers penseurs à procéder à une exégèse rationaliste. C’est quoi l’ekgé… exgey… ekgégégè… exaygégégé… il est insupportable ce mot, on en a plein dans la bouche, vous ne trouvez pas ? Bref, l’exégèse. Il s’agit tout simplement de l’interprétation ou de l’étude approfondie (et surtout critique!) d’un texte qui pose problème : ce peut être un texte philosophique, scientifique, et bien sûr… religieux. Il y a de nombreux passages doctrinaux particulièrement obscurs dans l’Ancien Testament, et Spinoza détestait ça. Plutôt que croire aveuglément ce qu’on lui enseignait, il préférait sans doute tirer tout ça au clair. Pas folle la guêpe. L’ennui, c’est que ses potes de l’époque l’ont pas très bien pris.

Un peu comme ça.

Oui, donc en fait, Baruch c’était un peu le mec relou qui insiste en posant plein de questions gênantes ou faussement désobligeantes, et quand tu lui demandes d’arrêter en râlant, il se défend en répondant : « Non mais, j’essaie de comprendre, c’est tout ! ». Ne mentez pas. On connaît tous quelqu’un comme ça. (Pour les gens de mon entourage, JE suis cette personne.)

Le rationalisme spinoziste met donc en lumière les facultés de la raison, par opposition à la connaissance révélée de la foi. Mais on n’a pas expliqué ce qu’était que la religion révélée ! Il s’agit tout simplement de la connaissance délivrée par et provenant de Dieu, comme si Dieu était une source de connaissance suffisante. Ce savoir nous est transmis par l’intermédiaire de prophètes (prêtres, rabbins, imams), ou bien par des apparitions (dites « théophanies »). Une apparition, c’est par exemple quand un ange descend du ciel pour taper la discute. Typique.

II. Dieu, ou la Nature

C’est peut-être le point qui a le plus causé d’ennuis à Spinoza. En effet, Baruch soutient qu’il n’y a qu’une nature, c’est Dieu, et que tout dépend de lui.

Ça a quand même plus de gueule qu’un vieux monsieur
barbu perché sur un nuage…

Dit comme ça, c’est un peu vague, alors on va développer ! Mais rassurez-vous : c’est vraiment tout simple. Spinoza affirme tout bêtement que dieu, c’est la nature. C’est la même chose. Cela implique que tout ce qui est, est en dieu, et donc que dieu est la condition d’existence de toute chose. Voilà. Ça messieurs-dames, c’est ce qui s’appelle poser sa virilité sur la table comme un bonhomme.

Et Baruch traduit tout ça par une expression latine : « deus sive natura », « dieu, c’est-à-dire la nature ». Et comme dieu est partout, on peut parler de panthéisme (« pan » = tout, « theos » = dieu).

Toutefois, Spinoza part du principe que tout ce qu’il a dit n’est rien d’autre que de la métaphysique : il ne prétend pas instaurer une nouvelle religion ou révolutionner le culte. Mais dites-voir, on a encore jamais causé métaphysique !

Il n’est pas facile de définir ce qu’est la métaphysique, parce qu’elle a beaucoup évolué au cours des siècles. On situe sa naissance dans l’Antiquité, sous la plume d’Aristote (dans son œuvre Métaphysique, logique). Toutefois, le terme « métaphysique » n’est pas d’Aristote, puisqu’il a été donné par son éditeur, Andronicos de Rhodes. Littéralement, le terme « métaphysique » veut dire « qui vient après la physique » (« meta ta phusica » en grec), et l’éditeur a appelé le texte ainsi parce qu’il suivait un autre texte qui, lui, traitait de la physique et de la nature. Voilà voilà. Les grecs avaient décidément une imagination débordante. (En L1 tous les profs nous ont raconté cette anecdote en partant du principe qu’on la connaissait pas, ils étaient tous très contents, bon nous à la fin de la cinquième fois on en avait marre, mais bon ça leur faisait plaisir alors on disait rien. On est des étudiants sympas, vous voyez.)

Quoi, comment, qu’entends-je ? Du sarcasme ? Ah oui. Lâchez-vous.

Mais le sens a traversé les âges, et habituellement, on oppose le contenu de la métaphysique au contenu dit « empirique », aux phénomènes que nous pouvons connaître par le biais de l’expérience. Une idée métaphysique sera donc typiquement quelque chose que nous ne pouvons atteindre par les sens ou l’expérience, comme le temps, la liberté, la causalité, ou encore dieu. Et donc, pour revenir à ce que nous disions, Spinoza expose dans l’Éthique une thèse métaphysique, et non des préceptes religieux.

Baruch ne s’arrête pas en si bon chemin, puisqu’il dit aussi que puisque la nature est cause de tout, elle est forcément cause d’elle-même, et si elle est cause d’elle-même, elle est nécessaire. C’est pour cela que l’on parle souvent de la nature nécessaire de Spinoza (on a déjà eu l’occasion d’en parler par  !) : toutes les choses du monde ne font que suivre l’ordre de la nature. Il s’agit d’un système clos, mais sans finalité précise (la nature n’a pas de volonté propre, elle se contente d’être, c’est tout).

Je suis la seule à qui ça rappelle un peu la Force dans la meilleure saga cinématographique du monde ? Voyez plutôt avec une citation du meilleur Jedi de tous les temps, Obi-Wan Kenobi : “La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie crée par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie dans son ensemble.” La Force est donc un véritable système qui lie tous les êtres vivants, et qui constitue également le monde dans lequel ils évoluent.

Et tout comme dieu, la Force est aussi un objet de curiosité et de questionnements : elle entraîne beaucoup de théories plus ou moins farfelues. Certains la considèrent comme une entité pensante, d’autres comme une divinité dont il est difficile de saisir les projets, et dont on ne sait même pas si on peut lui attribuer un vouloir ou pas !

Par exemple, on peut penser à la conception d’Anakin Skywalker, le héros de la prélogie et le pauvre bougre qui deviendra plus tard Dark Vador. Shmi Skywalker, sa mère, s’est retrouvée enceinte à partir de rien. Like a boss. Eh, d’ailleurs, ça ne vous rappelle pas une certaine Vierge que tout le monde va prier à Lourdes, et tout ?

Et que dire de cette autre citation d’Obi-Wan, qui dit à Luke ces quelques mots : “Luke, fais appel à la Force, suis ton instinct Luke, aie confiance en moi”. L’instinct dont il est question peut rappeler la nécessité naturelle à laquelle sont soumis tous les êtres, elle est comme une puissance venant d’eux-mêmes, puisqu’ils ne font qu’obéir à leur propre nature. Et moi, ça me fait penser à l’instinct. Bon c’est peut-être tiré par les cheveux. Mais chipotez pas, ok ? Ok.

“Comment elle s’enfoooonce vite détournons le regard
pour échapper à ce nauffrage.”

III. Dieu comme être immanent

Comme dieu est la nature, il en découle plusieurs choses capitales :

  • Tout d’abord, il convient de préciser que dieu n’est, du coup, pas un être transcendant : il est immanent au monde. En fait, il est le monde lui-même ! Il n’est pas un être personnel distinct du monde. Il n’est même pas personnifié : il n’est qu’un système déterminé.
  • De plus, les choses du monde ne sont pas les créations de dieu, puisque dieu n’est pas un être supérieur et créateur : les êtres sont plutôt comme des expression de sa substance, des parties de lui. « Tout ce qui est, existe non seulement par dieu mais en dieu. »

Spinoza refuse ainsi une conception anthropomorphique (l’attribution de caractéristiques comportementales ou morphologiques humaines à quelque chose de non-humain, comme des animaux ou des objets) de dieu : « C’est improprement que Dieu est dit haïr ou aimer certaines choses. » Dieu n’a pas de volonté, de désir. Il n’est qu’une nature réglée comme un système.

Heu non déso pas déso. 

Or, puisque dieu n’est rien d’autre que la nature, on peut en faire une étude scientifique ! Il faut, selon Spinoza, regarder les choses d’un œil dépassionné et scientifique. C’est pourquoi Baruch remplacerait les rabbins par des biologistes, s’il le pouvait. (Bon, là, il peut plus.)

Voilà, c’est tout pour moi ! J’espère que vous êtes parvenus à comprendre comment Baruch voyait les choses. Je trouve ça assez sympa comme thèse, c’est original et bien fichu, donc tout s’enchaîne logiquement, et c’est très “sain”. Spinoza est très sain, voilà. Non, je ne ferai pas de jeu de mot entre “sain” et “saint”, qu’est-ce que vous croyez ? Je vaux mieux que ça quand même. Vous me vexez beaucoup, là. Non, je ne vais pas non plus faire semblant de refuser une blague nulle pour en sortir une mieux par derrière. Arrêtez. Ça devient gênant. Vous êtes ridicules, tout le monde vous regarde. Et puis franchement, les jeux de mots sur la religion et sur dieu, ça fait longtemps que j’ai fait une croix dessus.

……
………
…………
…………………………
…………………………………….. une croix.
Si, c’est drôle.

On se lèche laisse avec les deux citations qui font bien !

” C’est ainsi que Dieu, béni soit son nom, a créé toutes choses, de telle façon que chacune en s’efforçant de conserver son être comme un don de Dieu, le fasse en communion avec les autres.”

“Il n’y a rien de contingent dans la nature des choses ; elles sont au contraire déterminées par la nécessité de la nature divine à exister et à opérer d’une manière certaine”

* : Je n’ai rien contre les marxistes. Me tapez pas s’il-vous-plaît.

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5 thoughts on “Je veux comprendre… LE DIEU DE SPINOZA feat. STAR WARS

  1. Merry Xmarx ! ♥

    Olala, j’adore Spinoza et voilà enfin un sujet sur lui x3 (gyaaaa colère > haine (un truc comme ça). C’est vrai que c’est assez spinoziste la morale de Star Wars. *-*

    Perso j’ai hâte de l’article sur ‘né chan. ❤ (Descartes quoi, tss !)

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    • Oo Miel ! Ma réponse s’est fait ratatinée. Je sais pas comment editer, on y comprend rien et comme ça fout la honte je vais pleurer un peu et la réécrire là:
      Olala, j’adore Spinoza et voilà enfin un sujet sur lui x3 (gyaaaa).
      Faire une croix sur les blagues sur la religion xD cette phrase. *applause*
      C’est vrai qu’il y a à dire, comme l’amour et la haine selon Baba et le Pourquoi dark vador, avec la phrase de Yoda: peur > colère > haine (un truc comme ça). C’est vrai que c’est assez spinoziste la morale de Star Wars. *-*

      Perso j’ai hâte de l’article sur ‘né chan. ❤ (Descartes quoi, tss !)

      Bisou !

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