Je veux comprendre… LE DIEU DE SPINOZA feat. STAR WARS

Je sais que cela fait un moment depuis le dernier article, mais il faut dire qu’entre les partiels et les révisions, je ne sais plus où donner de la tête. Comme je prends ma mission très à cœur, je sors un article de derrière les fagots, bien d’actualité. Non, ce n’est pas sur Noël.
Pourtant, il a bien un rapport avec un truc de portée internationale, qui est arrivé en décembre cette année… quelque chose de grande ampleur, qui fait parler tout le monde en Décembre et qui réunit toutes les générations… non, pas Miss France. Mieux.

Ah oui. Ça me revient.

Vous l’aurez compris, on va ENCORE parler de Star Wars. Et le philosophe que je vais aborder s’appelle Spinoza.

Baruch Spinoza est un philosophe du XVIIe siècle, aux origines portugaises mais ayant vécu et grandi en Hollande. Sa pensée et ses écrits ont eu une influence considérable sur ses contemporains, mais aussi sur beaucoup de penseurs qui sont arrivés après lui. Mais Baruch a eu pas mal d’ennuis de son vivant, parce que même s’il était issu d’une famille juive, il a pris ses distances avec toute pratique religieuse et a commencé à avoir un avis critique sur les positions traditionnelles, notamment sur les religions révélées.

Pourtant, Baruch n’est pas athée : il soutient simplement une conception de Dieu qui était un peu (beaucoup) différente de ce qui se faisait à l’époque ! Mais cela n’a pas empêché ses contemporains de le considérer comme un auteur irréligieux. C’était l’homme dont il fallait se méfier.
Aujourd’hui, Spinoza est un auteur incontournable, et de nombreux philosophes ont vanté ou vantent encore ses mérites : par exemple Gilles Deleuze, qui le considérait comme un « Prince des philosophes ». Un mélange exotique entre Socrate et Ali-Baba, ça a son charme…

Le livre de Spinoza qui va nous intéresser dans cet article, c’est l’Ethique. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’on va parler de Dieu. Et de la Force dans Star Wars.

I. L’exégèse rationaliste

Autant commencer par le commencement ! Spinoza est l’un des premiers penseurs à procéder à une exégèse rationaliste. C’est quoi l’ekgé… exgey… ekgégégè… exaygégégé…  Il s’agit tout simplement de l’interprétation ou de l’étude approfondie (et surtout critique!) d’un texte qui pose problème : ce peut être un texte philosophique, scientifique, et bien sûr… religieux. Il y a de nombreux passages doctrinaux particulièrement obscurs dans l’Ancien Testament, et Spinoza détestait ça. Plutôt que croire aveuglément ce qu’on lui enseignait, il préférait sans doute tirer tout ça au clair. L’ennui, c’est que les autres ne l’ont pas très bien pris.

Leur réaction

Pour le dire simplement, on peut dire imaginer Spinoza comme l’individu agaçant qui pose des questions insistantes en les justifiant par « Non mais, j’essaie de comprendre, c’est tout ! ».

Le rationalisme spinoziste met donc en lumière les facultés de la raison, par opposition à la connaissance révélée de la foi. Mais on n’a pas expliqué ce qu’était que la religion révélée : il s’agit tout simplement de la connaissance délivrée par et provenant de Dieu, comme si Dieu était une source de connaissance suffisante. Ce savoir nous est transmis par l’intermédiaire de prophètes (prêtres, rabbins, imams…), ou bien par des apparitions (dites « théophanies »). Une apparition, c’est par exemple quand un ange descend du ciel.

II. Dieu, ou la Nature

C’est peut-être le point qui a le plus causé d’ennuis à Spinoza. En effet, Baruch soutient qu’il n’y a qu’une nature, c’est Dieu, et que tout dépend de lui.

Allégorie du divin selon Spinoza

Spinoza affirme tout bêtement que dieu, c’est la nature. C’est la même chose. Cela implique que tout ce qui est, est en dieu, et donc que dieu est la condition d’existence de toute chose. Et Baruch traduit tout ça par une expression latine : « deus sive natura »,  aka « dieu, c’est-à-dire la nature ». Et comme dieu est partout, on peut parler de panthéisme (« pan » = tout, « theos » = dieu).

Toutefois, Spinoza part du principe que tout ce qu’il a dit n’est rien d’autre que de la métaphysique : il ne prétend pas instaurer une nouvelle religion ou révolutionner le culte. Mais dites-voir, nous n’avions encore jamais parlé de métaphysique !

La métaphysique :

Il n’est pas facile de définir ce qu’est la métaphysique, parce qu’elle a beaucoup évolué au cours des siècles. On situe sa naissance dans l’Antiquité, sous la plume d’Aristote (dans son œuvre Métaphysique, ce qui semble logique). Toutefois, le terme « métaphysique » n’est pas d’Aristote, puisqu’il a été donné par son éditeur, Andronicos de Rhodes. Littéralement, le terme « métaphysique » veut dire « qui vient après la physique » (« meta ta phusica » en grec), et l’éditeur a appelé le texte ainsi parce qu’il suivait un autre texte qui, lui, traitait de la physique et de la nature.

Mais le sens a traversé les âges, et habituellement, on oppose le contenu de la métaphysique au contenu dit « empirique », c’est-à-dire  aux phénomènes que nous pouvons connaître par le biais de l’expérience. Une idée métaphysique sera donc typiquement quelque chose que nous ne pouvons atteindre par les sens ou l’expérience, comme le temps, la liberté, la causalité, ou encore dieu. Et donc, pour revenir à ce que nous disions, Spinoza expose dans l’Éthique une thèse métaphysique, et non des préceptes religieux.

Spinoza ne s’arrête pas en si bon chemin, puisqu’il dit aussi que puisque la nature est cause de tout, elle est forcément cause d’elle-même, et si elle est cause d’elle-même, elle est nécessaire. C’est pour cela que l’on parle souvent de la nature nécessaire de Spinoza (on a déjà eu l’occasion d’en parler par  !) : toutes les choses du monde ne font que suivre l’ordre de la nature. Il s’agit d’un système clos, mais sans finalité précise (la nature n’a pas de volonté propre, elle se contente d’être, et c’est tout).

Suis-je la seule à qui ça rappelle un peu la Force dans la meilleure saga cinématographique du monde ? Voyez plutôt avec une citation du meilleur Jedi de tous les temps, Obi-Wan Kenobi :

“ La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie crée par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie dans son ensemble. ”

La Force est donc un véritable système qui lie tous les êtres vivants, et qui constitue également le monde dans lequel ils évoluent.

Et tout comme dieu, la Force est aussi un objet de curiosité et de questionnements : elle entraîne beaucoup de théories plus ou moins farfelues. Certains la considèrent comme une entité pensante, d’autres comme une divinité dont il est difficile de saisir les projets, et dont on ne sait même pas si on peut lui attribuer un vouloir ou pas !

Par exemple, on peut penser à la conception d’Anakin Skywalker, le héros de la prélogie et le pauvre bougre qui deviendra plus tard Dark Vador. Shmi Skywalker, sa mère, s’est retrouvée enceinte sans qu’un géniteur ne participe à la conception de l’enfant. (Eh, d’ailleurs, cela ne vous rappelle pas une certaine Vierge que tout le monde va prier à Lourdes ?)

III. Dieu comme être immanent

Comme dieu est la nature, il en découle plusieurs choses capitales :

  • Tout d’abord, il convient de préciser que dieu n’est, du coup, pas un être transcendant : il est immanent au monde. En fait, il est le monde lui-même ! Il n’est pas un être personnel distinct du monde. Il n’est même pas personnifié : il n’est qu’un système déterminé.
  • De plus, les choses du monde ne sont pas les créations de dieu, puisque dieu n’est pas un être supérieur et créateur : les êtres sont plutôt comme des expression de sa substance, des parties de lui. « Tout ce qui est, existe non seulement par dieu mais en dieu. »

Spinoza refuse ainsi une conception anthropomorphique (l’attribution de caractéristiques comportementales ou morphologiques humaines à quelque chose de non-humain, comme des animaux ou des objets) de dieu : « C’est improprement que Dieu est dit haïr ou aimer certaines choses. » Dieu n’a pas de volonté, de désir. Il n’est qu’une nature réglée comme un système.

Pas si sûr… 

Or, puisque dieu n’est rien d’autre que la nature, on peut en faire une étude scientifique ! Il faut, selon Spinoza, regarder les choses d’un œil dépassionné et scientifique. C’est pourquoi Spinoza remplacerait bien les rabbins par des biologistes, s’il le pouvait.

J’espère que vous êtes parvenus à comprendre comment Spinoza voyait les choses. J’ai une certaine tendresse pour cet auteur, que je trouve très sain. (Ne comptez pas sur moi pour faire un jeu de mot entre « sain » et « saint ». Et puis franchement, les jeux de mots sur la religion et sur dieu, ça fait longtemps que j’ai fait une croix dessus.)

Les citations pour résumer :

“ C’est ainsi que Dieu, béni soit son nom, a créé toutes choses, de telle façon que chacune en s’efforçant de conserver son être comme un don de Dieu, le fasse en communion avec les autres.”

“Il n’y a rien de contingent dans la nature des choses ; elles sont au contraire déterminées par la nécessité de la nature divine à exister et à opérer d’une manière certaine. ”

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5 réflexions sur “Je veux comprendre… LE DIEU DE SPINOZA feat. STAR WARS

    1. Ce serait avec plaisir, il faudrait que je me renseigne sur le sujet en revanche, mes connaissances actuelles seraient insuffisantes ! Et que je trouve une référence sympathique !

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  1. Merry Xmarx ! ♥

    Olala, j’adore Spinoza et voilà enfin un sujet sur lui x3 (gyaaaa colère > haine (un truc comme ça). C’est vrai que c’est assez spinoziste la morale de Star Wars. *-*

    Perso j’ai hâte de l’article sur ‘né chan. ❤ (Descartes quoi, tss !)

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    1. Oo Miel ! Ma réponse s’est fait ratatinée. Je sais pas comment editer, on y comprend rien et comme ça fout la honte je vais pleurer un peu et la réécrire là:
      Olala, j’adore Spinoza et voilà enfin un sujet sur lui x3 (gyaaaa).
      Faire une croix sur les blagues sur la religion xD cette phrase. *applause*
      C’est vrai qu’il y a à dire, comme l’amour et la haine selon Baba et le Pourquoi dark vador, avec la phrase de Yoda: peur > colère > haine (un truc comme ça). C’est vrai que c’est assez spinoziste la morale de Star Wars. *-*

      Perso j’ai hâte de l’article sur ‘né chan. ❤ (Descartes quoi, tss !)

      Bisou !

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