Et si les dessins animés n’étaient pas seulement pour les enfants ?

Bonjour ! Cet article sera un peu différent de ce que je fais d’habitude, mais sachez que plusieurs autres billets du même acabit risquent de suivre. J’ai réalisé que j’avais envie de parler de choses que j’aime bien, or ce que j’apprécie ne se résume pas à la philosophie : j’aime aussi le cinéma, les jeux vidéos, les livres, et plein d’autres choses encore.

Aujourd’hui, nous allons parler de dessins animés ! Parce que depuis l’annonce du rachat de Lucasfilm (le studio à l’origine de Star Wars et Indiana Jones notamment) par Disney, j’ai entendu plein de choses désagréables et fausses à propos de la soit-disant « bouse intersidérale » que serait nécessairement Star Wars VII. Bon, le film est sorti, tout le monde a bien vu que c’était pas mal du tout, que Disney n’avait pas transformé la licence en une comédie musicale, que Dark Vador n’avait pas été remplacé par Mickey Mouse, et beaucoup ont été rassurés. Mais le fait est que cela montre bien une certaine méconnaissance du cinéma d’animation, et même des dessins animés tout court : les préjugés vis-à-vis de cet univers sont légion, il est ainsi très courant de penser que tout film d’animation s’adresse aux plus jeunes.

Les dessins animés peuvent aussi plaire aux plus grands…

Quand on dit « dessin animé » on pense aussitôt à quelque chose de très enfantin, de puérile, et qui ne vole jamais bien haut, tant au niveau du développement des personnages, du scénario, que du sens de l’oeuvre en elle-même. C’est en effet ce que l’on retrouve un peu trop souvent dans la plupart des animés pour enfants d’aujourd’hui : les producteurs ont tendance à se dire que le jeune public est moins exigeant que les adultes, ou qu’ils ne sauraient pas apprécier (ou comprendre ?) un contenu plus recherché… quand les animés en question ne sont pas carrément là pour vendre des jouets (pensons à Action Man, Pokémon, Beyblades, Barbie…). Bref, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous ! Il est possible de trouver quelques pépites, mais de nos jours, la plupart du temps vous pouvez prendre un dessin animé pour enfants en étant sûr.e de tomber sur de la soupe de mauvaise qualité, avec le même patern de personnages et d’intrigue.

Mais cela n’est pas sans causer quelques problèmes… parce que de là il s’ensuit que les adultes considèrent tous les dessins animés comme exclusivement réservés aux enfants, y compris les longs métrages : un peu comme si tout ce qui n’était pas tourné avec de vrais acteurs (un film dit « live ») s’adressait automatiquement aux plus jeunes. Mais cette idée est très réductrice ! C’est vrai que la plupart des programmes pour enfants sont des dessins animés, toutefois il suffit de regarder Princesse Mononoké ou le Tombeau des Lucioles (respectivement de Hayao Miyazaki et Isao Takahata, des studios Ghibli) pour s’apercevoir que ces longs-métrages ne seront vraiment compris et appréciés que par un adolescent ou un adulte.
Sans parler de la plupart des films Pixar, qui proposent une double-lecture intéressante qui dépasse les générations, et dont la poésie et la tendresse atteindront autant les parents que leur progéniture (je peux citer Là-Haut, Vice-Versa, et plus récemment Coco). Chez Dreamworks aussi, bien que dans une moindre mesure, avec Dragons. Il est aussi possible de vanter le travail artistique derrière ces projets, que ce soit au niveau des décors, du dessin, de l’atmosphère ou de la bande son… exactement comme pour un film considéré plus mature.

Regardons les choses de plus près, soyons pointilleux pour convaincre les plus suspicieux : qu’est-ce que les films live peuvent bien avoir de plus que les films d’animation ?
Les animés sont parfois plus travaillés que les films classiques, que ce soit sur le fond ou sur la forme : j’ai déjà dit plus haut qu’il existait des dessins animés très beaux, réalisés par des gens talentueux, disposant de grands moyens (et de fonds suffisants). Mais même avec deux ou trois coups de crayon, on arrive à produire de très jolies choses. Voici une vidéo de Glen Keane, un dessinateur ayant participé à la création de plusieurs longs-métrages Disney, et qui a animé des personnages célèbres, tels Tarzan, Ariel (la Petite Sirène), la Bête (la Belle et la Bête) ou encore Raiponce.

Simple, mais efficace…

Mais s’il faut absolument aller dans la démonstration exhubérante, notez que la série animée Legend of Korra n’a pas à pâlir face aux effets spéciaux des gros blockbusters américains…

Par ailleurs, les dessins animés peuvent aussi faire ressentir des émotions fortes. Je ne compte plus les gens m’ayant avoué avoir versé une larme (j’en fais partie) devant la scène d’introduction du long-métrage de Pixar, Là-Haut. Le but de cette scène est de nous raconter la vie de deux amoureux, du mariage jusqu’à la fin. Tous deux affrontent les aléas de la vie tout en essayant de réaliser le rêve d’aventure et d’exploration qu’ils s’étaient fait étant enfants. Il n’y a aucun dialogue, tout est dit par les images et la musique. C’est très simple, encore une fois, mais c’est émouvant, même si cela ne fait que raconter l’histoire d’un couple soudé et solide qui traverse les années.

Sans compter que certains dessins animés donnent parfois de véritables leçons de cinéma. Ainsi, le vidéaste Linksthesun a analysé la scène de la mort de la maman de Bambi. Par ailleurs, si la mort n’est que suggérée, elle n’en est pas moins terrifiante et brutale.

… et les studios qui les produisent savent aussi faire de très bons films pour les adultes !

Il s’ensuit que les grandes personnes ont tendance à penser que les grands studios qui produisent surtout des dessins animés ne produisent nécessairement QUE des programmes pour enfants. C’est le problème de Disney, que tout le monde associe à Mickey ou Cendrillon, en oubliant que Disney c’est aussi Pirates des Caraïbes, les films Marvel (la Walt Disney Company a racheté Marvel Studios en 2009, donc les Gardiens de la Galaxie et Avengers sont dus à Disney, même si le studio jouit de la même liberté artistique que Pixar), Lone Ranger (qui n’a malheureusement pas brillé au box office), et bien sûr la nouvelle trilogie Star Wars. Et ce sont des films que vont voir et qu’aiment les grandes personnes, qui ont souvent des réflexions loin d’être puériles (dans Le Dernier Jedi toute la dialectique entre le Bien et le Mal qui perdure malgré le temps et l’espace, comme un éternel recommencement, est très intéressante par exemple).


Luke Skywalker dans The Last Jedi 

Pour finir…

Mais est-ce là le vrai problème ? Le véritable enjeu consiste-t-il à prouver que le cinéma d’animation parvient à égaler le cinéma classique en matière de scénario, d’émotions et de spectacle ? Le fait est qu’il s’agit de deux voies artistiques distinctes, et tenter de les hiérarchiser ou au contraire de montrer leurs similitudes n’a que peu de sens.

Alors s’il-vous-plaît, ne rangeons pas tous les dessins animés dans le même panier. Un film d’animation, c’est en premier lieu un film, qui raconte une histoire, qui permet de s’évader, qui fait rire parfois, qui émeut souvent. Oui, il y a des dessins animés idiots, oui, il y a des dessins animés laids, mais ce n’est pas parce que ceux-là existent qu’il faut tourner le dos à toutes ces autres productions merveilleuses et intéressantes.

Les dessins animés ne sont donc pas nécessairement interdits aux plus grands. Et s’il devait demeurer une poignée d’adultes circonspects, je les mets au défit de regarder quelques uns des films que j’ai nommés ci-dessus. Ils pourraient se surprendre à passer un bon moment…

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12 réflexions sur “Et si les dessins animés n’étaient pas seulement pour les enfants ?

  1. Je comprends tout à fait votre point de vue. Je suis assez fan des dessins anime, et surtout des anime japonais. On trouve souvent des messages derrières et puis il y a plus de travail graphique que dans n’importe quel film même en 3d (genre avatar, celui avec les grands schtroumps).
    Cependant à chaque fois, même quand je conseil anime très philo ou ultra violent, on me répond toujours qu’on a passé l’âge.
    Sinon vu que vous êtes philo et dessin animé, vous connaissez psycho pass et death note ?

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  2. Oui, je connais Death Note, j’aime bien d’ailleurs ! En revanche je ne connais Psycho Pass que de nom, je vais voir pour me renseigner.
    Je vous rejoint pour les messages présents dans la plupart des animés japonais, et sur leur esthétique. C’est vrai que l’ambiance, l’atmosphère ont parfois plus « d’âme » dans ces films là que dans la plupart des films occidentaux. Ils dégagent plus de choses !

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  3. Omg ! C’est tellement ça, bien dit meuf ! (Bat toi !)
    J’adore les dessins-animés pour les raisons citées, mais aussi par admiration du graphisme et pour tout ce qu’on peut faire avec un crayon ou une tablette graphique. J’admire particulièrement l’art de Walt Disney (j’ai récemment vu un documentaire sur lui, si je me souviens bien ça s’appelait Il était une fois Walt Disney, on peut constater qu’il y avait un boulot et des sources d’inspirations incroyables).
    J’aime aussi beaucoup les animés japonais, c’est souvent badass et extrêmement prenant. En plus les voix japonaises savent donner de l’émotion. J’aimerai vous faire té-ma (ce mot pourri !) Shingeki no Kyojin avec les scènes de combat dans les airs (c’est AAAAH), regardez au moins l’opening, pitié !!!! En plus l’épisode 1 m’a fait pleureeeeer.
    Et Miyazaki, grrr que j’aiiime. C’est le Disney du Japon.
    Les animes sont souvent très beaux (même si on peut, là aussi, tomber sur des daubes) et je ne comprends pas l’aversion des gens à ce sujet. Je pense à Zemmour (tu seras le premier sur mon Death Note, pourriture !) qui critique la « violence » des animes. Retournete coucher oui !

    Sinon ça m’étonne que tu n’ais pas parlé des dessins-animés pour les grands, les plus évidents de tous: le porno ! (Non en fait ça aurait locké ton sujet, John Locke) Comme Cool world ou Roger Rabbit.
    Je déteste le porno, mais genre je crains toutes scènes indécentes (style Blaise Pascal: « deviens religieuse, ma soeur ! N’as-tu pas vu ce monde répugnant avec leurs distributeurs de Durex ?  » <- ce sujet est sponsorisé). Je déteste le porno et pourtant je peux dire qu'un hentai (anime pornographique) a facilement plus d'intérêts à être vu plutôt qu'un porno basique (je vous ne dirai pas pourquoi).

    Bref, j'ai beaucoup apprécié ce sujet spécial, et j'ai hâte d'en lire d'autres. Je trouve ça cool comme idée de aussi nous parler culture pop, ça fait plus polyvalent (et c'est moins chiant que la philo kufufufufu *part en courant comme la mère de Bambi*).

    Je te remercie également pour ces délicates pikites attentions, comme le no spoil de Kirra (car je comptais regarder de DA) ou tes bonbons à la poussière.

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  4. Je trouve cocasse de prétendre faire une défense des dessins animés, cela juste pour casser des propos qui n’ont au départ aucun sens, (comme celui du journaliste du figaro) en disant que certains d’entre eux sont au moins aussi bons que de mauvais ou pas terribles films comme les Marvels, les Pirates des caraïbes. Ces films sont au mieux divertissants, mais si c’est là ta définition d’une oeuvre pour adulte, à savoir une oeuvre où des gens se battent et où il n’y a pas d’autre scénario dernière, (parce que Marvel ça ne vole pas haut, non) on ne peut pas dire que l’objectif de ton article soit de dénoncer une vérité subtile. Ce n’est jamais rien d’autre qu’enfoncer une porte ouverte.
    Une phrase suffit pour nier que le dessin ne peut être que pour un enfant : c’est un support, et comme tout support il sert à dire tout et son contraire. Ainsi, il existe Beavis & Butthead, Fritz the Cat, Mind Game, ou Watership Down, dont certains ennuieraient sinon choqueraient des enfants. Ou même plus simplement South Park. (Il y a aussi les dessins animés de propagande, comme Victory Through Air Power, de Walt Disney, ou les trucs en image de synthèse de propagande israélite assez dégueulasse dispos sur youtube.)
    Peut-être aurais-tu du parler dans ton article du fait que les enfants d’aujourd’hui aiment le sang, la violence, le cul, et seront donc les premiers à penser qu’il faut plutôt aller vers Fast & Furious que Mononoké. Et qu’à partir de là ce qui est « pour les enfants », ce n’est pas du Mario ou du Cendrillon puisque manifestement ça ne les intéresse pas. Ce qui est pour les enfants ce sont, alors, plutôt les choses violentes sans fond, dont les Marvel, certains SW, etc.

    Et Star Wars 7 est un bon exemple de film qui n’a rien d’intéressant à proposer, puisqu’il ne rajoute absolument rien à l’univers de Star Wars, là où l’épisode 4 était pourtant extrêmement créatif et s’inspirait de tonnes de choses différentes (Kurosawa, les films d’aviations des années 30, la mythologie…). (Star Wars a donc pu se définir, à son départ même, comme une saga qui n’était absolument pas repliée sur l’histoire qu’elle créait, ni même sur la science-fiction. Hélas Star Wars a bien changé aujourd’hui.) Si les « adultes » sont satisfaits de SW7, peut-être devraient-ils réévaluer leurs exigences, ou se considérer comme ayant autant d’esprit critique que des enfants.
    (Je poste ce message en tant que simple et vague connaissance issue d’une même promo universitaire.)

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  5. Bonjour, et merci d’avoir posté ce commentaire ! Alors, je me permets juste de rectifier deux ou trois petites choses : j’ai conscience que les films « pour adultes » que j’ai cité ne sont pas les meilleurs films du monde, que leur scénario reste simple, mais comme tu l’as dit, ils sont divertissants, et cela suffit parfois à certaines personnes pour leur permettre de passer un bon moment 🙂 Mon but en écrivant cet article n’était pas de dénoncer une vérité subtile, mais plutôt de parler de quelque chose que j’ai remarqué et dont j’avais envie de parler, tout simplement.
    Bien sûr qu’il existe des tas d’autres dessins animés « pour adultes », je n’ai pas prétendu en faire une liste exhaustive, surtout que je suis loin de les connaître tous, même si c’est vrai que j’aurais pu citer South Park 🙂

    Quant à savoir ce qu’aiment et attendent les enfants aujourd’hui, c’est un autre débat et ce n’était pas l’objet de cet article, même si je reconnais que leurs goûts ont pas mal évolué (mais je ne fréquente pas assez d’enfants pour me faire une idée assez précise du phénomène, et je connais des fillettes et garçons qui continuent d’apprécier des classiques disney etc, donc je ne pense pas que ce soit une généralité, heureusement d’ailleurs).

    A propos de ton avis sur SW7, oui je le connais, ce n’est pas la première fois que je le lis (c’est un avis assez partagé par d’autres fans sur le net). Ce n’est sans doute pas totalement faux, mais avec mes maigres connaissances de l’univers (j’aime beaucoup SW mais je suis loin de tout connaître par coeur) et cinématographiques, le film ne m’a pas dérangée. Je l’ai trouvé bien dosé, plus actuel (enfin un personnage principal féminin courageux et capable de se sortir de situations périlleuses par lui-même !), avec un humour intelligent (en tout cas moins « lourd » que dans la trilogie originale, à mon avis). J’ai trouvé que JJ. Abrams rendait un bel hommage aux opus précédents, en respectant les personnages, l’univers, en prenant des risques en inventant de nouvelles choses qui risquaient de ne pas être appréciées par tous (un acteur noir dans le rôle d’un stormtrooper, un personnage principal féminin, le sabre laser avec une garde… tout ça a fait pas mal jaser). Il reprend le matériau de base, mais en se l’appropriant pour le modeler à sa sauce, et moi j’ai apprécié. C’était assez respectueux comme travail. J’ai été transportée dès les premières secondes, il m’a fallu peu de choses : le texte jaune qui défile dans l’espace avec la musique, et hop !
    Je me doute bien que ce film a des défauts, évidemment, puisqu’il reprend les grosses ficelles des blockbusters et la plupart de leurs problèmes. Mais il reprend aussi certaines de leurs qualités : les scènes d’action et de combat sont mieux chorégraphiées par exemple (on a enfin de VRAIS duels au sabre laser où les combattants ne se contentent pas de donner des coups de sabre à droite, à gauche, en sautant partout…).

    Alors peut-être que tout ça ce n’est que de la poudre aux yeux, mais moi ça a suffit à me transporter et à me faire apprécier ce film, comme la plupart des adultes qui étaient avec moi dans la salle de cinéma ! Mais je comprends qu’on puisse ne pas l’aimer, ou être déçu. Et je ne pense pas que c’est parce que nous pouvons apprécier le dernier SW avec nos critères d’exigence au ras des pâquerettes que nous ne pouvons pas aimer un film un peu plus recherché, avec des critères plus hauts cette fois-ci 😉 On peut très bien aimer les dessins animés, SW, Marvel, Interstellar, l’Homme Irrationnel, des comédies romantiques bien cucul, parce qu’on ne les aborde pas du tout de la même manière.

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    1. Eh bien, tout ça mérite un article sur le divertissement pascalien, pour expliquer sa vision puis pour montrer en quoi il a en fait totalement tort, ça m’intéresse beaucoup. Parce qu’autrement j’ai du mal à saisir comment on peut si pleinement se satisfaire de divertissements aussi gratuits. C’est un sujet difficile je pense, mais il doit être défendable philosophiquement.

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  6. Je devrais peut-être me chuter (ah oui, bonne idée) mais, à mon avis, le divertissement à bien son intérêt. J’ai dû mal à concevoir une vie sans ça, genre on travaillerait et on vivrait dans un monde fade et gris (j’ai rien contre cette couleur). Les dessins-animés n’ont pas juste pour but de nous « éteindre le cerveau » (enfin certains oui), mais nous changer les esprits, nous détendre, nous bercer, mais aussi nous faire réfléchir (enfin des raisons de regarder un dessin-animé il y en a pas mal).
    Puis le divertissement c’est l’imaginaire et les talents créatifs et artistiques de l’Homme, c’est dans notre culture.
    C’est vrai qu’on pourrait dire « oué la meuf FiloZopuéla L dit D truk sava on a konpri koi, sa ser a rien 2 dir sa » (désolée pour les yeux), cependant je trouve que c’est très intéressant d’en parler, et c’est bien qu’elle nous fasse partager son point de vue.

    Sinon ça serait sympa une réflexion philosophique sur des Disney. :3 Nouala. Bisou poilu barbu.

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  7. « J’ai dû mal à concevoir une vie sans ça, genre on travaillerait et on vivrait dans un monde fade et gris (j’ai rien contre cette couleur). »
    D’un point de vue pascalien, le divertissement est surtout une sorte de détournement (il a la même origine latine que ce mot d’ailleurs, divertere), et plus exactement un détournement des questions existentielles, car elles ont une nature trop tragique pour les faibles êtres que nous sommes : condamnés à mourir, à être limités mentalement et physiquement… Ainsi un monde sans divertissement au sens où j’en parlais aurait déjà pour qualité d’être plus concentré sur le réel, et moins sur les fantasmes sociétaux, où l’on croit avoir une vie intéressante sous prétexte qu’on fait avec efficacité ce que font tous les autres. Sous entendu, si les autres le font, c’est qu’ils ont raison de le faire. Raisonnement absurde bien qu’incroyablement populaire.
    Et par ta phrase tu ne concevrais pas un monde sans divertissement ET sans travail, tu as donc l’air de voir le travail, au sens où il se présente dans notre société bien sûr, comme une nécessité absolue (ce qui te permet d’en faire un contre-argument pour une société sans divertissement, puisqu’on se ferait chier) alors que l’un existe à cause de l’autre. Le travail dans sa logique capitaliste n’a rien de nécessaire, à bien des niveaux (sans vouloir développer, mais en gros il date de 200 ans à peine déjà). Il est amusant de constater que si la plupart des gens ont autant besoin de se divertir, c’est déjà parce qu’ils travaillent trop à cause de la logique capitaliste, donc si tu retires/modifies le travail, tu redéfinis le besoin de divertissement, tu arrives potentiellement à un monde où les gens auront moins ce besoin viscéral de se divertir. Bref ta phrase allait un peu vite en besogne.
    Et non le divertissement ce n’est pas l’art, ni ce qui le permet. Là aussi tu dis ça en voulant le distinguer du monde du travail, (comme si le travail était nécessaire, et le divertissement ce qui compenserait cette nécessité, or l’art n’étant pas nécessaire il relèverait du divertissement, pour toi…) et par conséquent en lui attribuant par défaut une certaine définition nécessaire, c’est biaisé. L’art sans le capitalisme n’aurait plus pour critère de devoir être « bankable », il serait plus honnête, et les Marvel/SW7 seraient bien différents.

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    1. Ah oui, ça c’est l’idée de Blaise. C’est la crainte de l’aliénement par le divertissement, toussa. C’est vrai qu’un sujet sur lui serait pas mal. °(*7*)°

      [i]« Et par ta phrase tu ne concevrais pas un monde sans divertissement ET sans travail, tu as donc l’air de voir le travail, au sens où il se présente dans notre société bien sûr, comme une nécessité absolue (ce qui te permet d’en faire un contre-argument pour une société sans divertissement, puisqu’on se ferait chier) alors que l’un existe à cause de l’autre. »[/i]
      Tutafeh. Mais je dirais plutôt, l’un n’existe pas sans l’autre. Et pour le travail tel qu’on le connaît, NON il est loin d’être parfait à mes yeux. Je préfère de loin les propositions de Russell et son Eloge de la Paresse.

      [i]« Le travail dans sa logique capitaliste n’a rien de nécessaire, à bien des niveaux (sans vouloir développer, mais en gros il date de 200 ans à peine déjà). Il est amusant de constater que si la plupart des gens ont autant besoin de se divertir, c’est déjà parce qu’ils travaillent trop à cause de la logique capitaliste, donc si tu retires/modifies le travail, tu redéfinis le besoin de divertissement, tu arrives potentiellement à un monde où les gens auront moins ce besoin viscéral de se divertir. Bref ta phrase allait un peu vite en besogne. »[/i]
      Ah je vois ce que tu veux dire. C’est une sorte de cercle vicieux mené par un pouvoir monétaire. Genre dans le monde capitaliste (le nôtre <n<’’) on a ce souci du travail inégalitaire, de l’exploitation, de l’abus de l’employé, du grade, du chômage, du salaire… etc (parce qu'on privilégie le profit à l'humanité) et les gens, épuisés, vont se plonger dans le divertissement. OR, le divertissement est, cependant, aussi d’origine capitaliste ( #trollface). Donc on produit des trucs pour divertir ce peuple, et on leur soutire [i]un peu[/i] d’argent en échange. Cet argent il faut quand même le gagner, et donc la solution la plus évidente est le travail. Tout le monde va donc se faire du mal à chercher le meilleur travail, le plus important…
      Pourtant il serait plus simple de ne plus (ou moins) se divertir. Et pour fuir ce cercle il faut ne plus être victime des divertissements, et il faut arrêter de suivre toutes les modes. Modes qui sont comme une façon d’imposer un mode de vie au plus grand nombre pour faire fonctionner le marché capitaliste. Là, en exemple, le dernier Star Wars. Parmi TOUS CEUX qui y sont allés certains l’auraient fait juste parce qu’il « le fallait ». Film épique, on en parle partout… Aller le voir serait un peu une manière de dire « je suis comme vous, wesh ».
      Enfin peut-être que tu voulais dire autre chose (reprends-moi si tu le souhaite <-prends moi aussi *-*) mais si c’est ce raisonnement-ci, je suis du même avis.
      Toutefois ce n’est pas une vérité absolue, on ne va pas forcément voir un film juste parce-que c’est archi-populaire. Il y a des vrais fans de Star Wars qui y sont allés, puis il faut avouer qu’un film comme ça qui change de producteurs … nous donne une certaine curiosité. La curiosité doit probablement être un moteur qui pousse beaucoup à aller voir un film, aussi populaire soit-il. Faut-il cependant veiller à savoir si on y tient vraiment où si ce n'est pas le trailer qui était trop bien fait pour nous convaincre.

      [i]« Et non le divertissement ce n’est pas l’art, ni ce qui le permet. »[/i]
      L'un des buts de l'art est de divertir, non ?
      Le cinéma c’est un art, et regarder un film peut nous divertir, comme lire un livre aussi. Je n'ai pas dit que "art" et "divertissement" étaient une seule et même chose, oh non ! L’art c'est plus que ça, mais c'est plutôt une base (ou un appuie) pour créer une forme de divertissement et aller au-delà de son utilité première.

      Et c’est ça que je veux dire, le divertissement ne fait pas que divertir.
      Reprenons Pascal-sama. Il dit que le divertissement éloigne des réflexions nécessaires, c’est ça ?
      A mon avis, les techniques pour divertir sont aussi moyen de mieux faire passer la pilule aux gens, et les pousser à se questionner, réfléchir, imaginer, se mettre en condition. Avec ces jeux possibles dans le divertissement et l’usage de l’art, on peut parfois être plus disposé à méditer et observer un thème qui, au début, on fuyait ou ne nous intéressait pas. Des films engagés on en a plutôt pas mal (Soleil Vert et les OGM, Brokeback Moutain et l’homosexualité et j’en passe.
      Le divertissement serait comme une bouée ou une peluche, qui aurait pour premier dessein de rassurer, et en second de servir d’appui pour ces méditations. Il ne faut pas oublier que l’Homme est un être sensible, avec des émotions. La Catharsis est vivable dans un divertissement et nous permet de relâcher des émotions qui, sans cette Catharsis, nous auraient ennuyer (ex: envie de meurtre<-un classique :nowel:). L’art aussi cherche à éveiller nos sens ! L’art va donc être présent dans le divertissement pour que ce dernier fonctionne.
      L’art c’est aussi un travail. On travaille pour divertir, toucher les sens, faire passer un message, et … certains bossent mieux que d’autres. Et quand on fait mal son travail … le [strike]client[/strike] public n’est pas content.

      [i]« Là aussi tu dis ça en voulant le distinguer du monde du travail, (comme si le travail était nécessaire, et le divertissement ce qui compenserait cette nécessité, or l’art n’étant pas nécessaire il relèverait du divertissement, pour toi…) et par conséquent en lui attribuant par défaut une certaine définition nécessaire, c’est biaisé. »[/i]
      L’art m’est nécessaire, et même indispensable, le divertissement et le travail également, et tous autant l’un que l’autre. En revanche attention, je ne confonds pas art et divertissement, l’art c’est plus gros que ça.

      Je tiens à te demander: pour toi l’art est-il utile ? (Et pourquoi ?)

      [i]« L’art sans le capitalisme n’aurait plus pour critère de devoir être “bankable”, il serait plus honnête, et les Marvel/SW7 seraient bien différents. »[/i]
      Donc le capitalisme prétend faire de l'art en faisant du pseudo-art façon fastfood (pour pas dire de la m***). Les spectacles sont plus là par but d’amasser les billets… et c’est pas faux (on va pas se le cacher).

      C’est clair que beaucoup de choses sont produites dans la volonté de gagner de l’argent (c’est triste et c’est relou). Suffit de voir La Coupe du Monde de Football, à ce stade c'était carrément scandaleux !
      Bon ok on a toujours produit pour avoir de l'argent, mais il y a une différence entre gagner sa vie par son art et faire de même avec du bâclé. C'est bien ce que tu entends ?

      Perso’ je crois qu’il y a quand même de l’honnête, malgré ces histoires de Capital. On peut travailler et s’enrichir de son art, si on est utile aux autres dans ce domaine. Quand on travaille dans le divertissement c’est aussi et d’abord par passion. Certains c’est par passion de l’argent (et le capitalisme n’a rien inventé), mais d’autres (qui sont probablement nombreux) le font par envie.
      Peut-être que Star Wars c’est que des explosions et du cliché, comme je ne l’ai pas vu je ne peux pas vraiment juger. Mais il y avait des passionnés parmi ceux qui ont produits ce films (ou pas, je sais pas).
      J’ai une pote qui est allée le voir, elle dit l’avoir apprécié, malgré le trop taux de moments « comme par hasard ». Bref, c’est plus du commercial que de l’art, et de la part de Disney ça me déçoit un peu d’entendre ça (sans beaucoup m'étonner). Mais Star Wars à la base est connu comme être une très bonne saga, les gens n'y sont pas allé comme des moutons sans notion de goût, ils se sont mis au défi d'aller assister à cette "renaissance" de ce qui est considéré comme un classique cinématographique, et non pas juste pour poser leur cerveau sur les genoux. Bien-sûr qu'il y a eu usage du buzz et de la réputation d'un film pour attirer du monde, mais ça fait partie de leur job. Alors si le SW7 avait déçu beaucoup de gens ils auront moins de public pour les épisodes suivants.

      Outre ce petit jeu mesquin de l’argent, il y a autre chose. La culture. Ça fait partie de notre culture et nos mentalités, et nous distingue de toutes les autres. La culture est très riche (sans mauvais jeu de mot <_.< xD
      En tout cas c’est intéressant comme sujet. ^v^ J’ai pas ce genre d’occasion de discuter comme ça mais c’est passionnant.

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      1. Ok j’aurais peut-être pas dû autant m’étaler, je tiens juste à rajouter que ce qui est « commercial » n’est pas forcément de la daube.

        Pour la question « comment on peut se satisfaire de tous ces divertissements ? », on ne s’y satisfait pas entièrement car on a une part critique mais ça n’empêche d’apprécier ludiquement. C’est quand même mieux que rien.

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  8. « Toutefois ce n’est pas une vérité absolue, on ne va pas forcément voir un film juste parce-que c’est archi-populaire. Il y a des vrais fans de Star Wars qui y sont allés »
    Ont-ils été déçus ? Je pense que oui. J’espère en tout cas. Je ne critique pas la volonté d’assouvir sa curiosité, mais le problème de l’absence d’esprit critique conduisant à ne pas constater que le but du film n’était QUE de provoquer une curiosité élémentaire chez des millions de gens, dans l’optique de rapporter de l’argent.

    « Je tiens à te demander: pour toi l’art est-il utile ? (Et pourquoi ?) »
    On peut définir l’utilité d’une chose par sa capacité à être utilisée dans des buts variés et de manière efficace. De ce point de vue-là l’art est très utile oui. Et comme tout outil, sa variété d’utilité lui permet de faire de bonnes et de mauvaises choses (propagande vers de bons ou de mauvais trucs de société par exemple). Tout comme un marteau permet autant de planter des clous que de tuer. Il faut encenser l’un et dénoncer l’autre, toute la question de l’esprit critique est d’apprendre à distinguer les deux.

    « je tiens juste à rajouter que ce qui est “commercial” n’est pas forcément de la daube. »
    De la daube, non pas forcément, en revanche c’est une motivation qui n’a aucune raison d’être qui soit justifiable.

    « C’est quand même mieux que rien. »
    Dans la mesure où ça peut desservir une propagande, je ne suis pas sûr.

    Et tu as l’air d’attribuer au mot « divertissement » un sens particulier, à savoir la capacité de nous « détourner de l’ennui », de nous empêcher de nous emmerder. Dans ta vision, c’est comme si par nature un humain s’emmerde s’il ne fait rien, comme s’il était incapable de se détourner de l’ennui lui-même et donc qu’il fallait être reconnaissant envers les émissions de télé-réalité, ou tout autre « divertissement » de nous divertir. Tu devrais peut-être considérer que si, un individu sait se détourner lui-même de l’ennui, et d’une bonne manière, pour peu qu’il ait reçu une éducation un minimum bonne (ce que ne font pas la télé ou les youtubeurs).

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    1. « Ont-ils été déçus ? Je pense que oui. J’espère en tout cas. Je ne critique pas la volonté d’assouvir sa curiosité, mais le problème de l’absence d’esprit critique conduisant à ne pas constater que le but du film n’était QUE de provoquer une curiosité élémentaire chez des millions de gens, dans l’optique de rapporter de l’argent. »
      C’est peut-être bien le cas, de tous les avis je j’ai lu et entendu on peut dire que ce film n’a pas eu tellement de succès. Disons que les gens dont je connais l’avis semblent assez indifférents et avaient remarqué assez de défauts dans le film, genre les fautes d’accords, les trucs pas logiques… Bref, peut-être qu’ils ne veulent pas trop oser dire que c’était flagrant que ce film était là pour le ramassage de billets, mais au moins ils ont bien constaté quelque chose.

      « Et tu as l’air d’attribuer au mot « divertissement » un sens particulier, à savoir la capacité de nous « détourner de l’ennui », de nous empêcher de nous emmerder. Dans ta vision, c’est comme si par nature un humain s’emmerde s’il ne fait rien, comme s’il était incapable de se détourner de l’ennui lui-même et donc qu’il fallait être reconnaissant envers les émissions de télé-réalité, ou tout autre « divertissement » de nous divertir. Tu devrais peut-être considérer que si, un individu sait se détourner lui-même de l’ennui, et d’une bonne manière, pour peu qu’il ait reçu une éducation un minimum bonne (ce que ne font pas la télé ou les youtubeurs). »
      Oh ben nonononon tu rigoles ? Être reconnaissante envers la télé-réalité et Squeezie ? Jamais de la vie !! x(((( Je suis pas du tout reconnaissante envers certains divertissements, et je considère en fait que l’ennuie est vaincu par ce qu’on veut (grosso modo), et pas seulement par une émission. Ça peut-être travailler, peindre, lire, écrire, etc. Suffit d’avoir une vie et une ‘’âme’’.

      Evidemment l’éducation est censée nous aider à vivre de nous-même et dans l’indépendance, nous aider à nous connaître, nous, et à nous forger la personnalité qui nous est propre, et pas celle d’un autre. Après, l’éducation ne fait pas toujours son boulot correctement, on peut bien se rendre compte par nous-même et un peu d’aide extérieures certains pièges tout de même. Enfant on peut vouloir être comme Hanna Montana … et très vite on ne veut plus. C’est juste une phase. Des parents accros à Dechavanne ne fera pas un enfant accro aussi.
      Se divertir n’est pas mauvais quand il n’y a pas d’excès, et quand de cela on en retire quelque chose de bon … ou seulement rien, si ce n’est avoir constaté que ça nous avance pas. Puis surtout les choses qui divertissent et qui méritent un intérêt sont celles qui sont faites dans un but justifiable (passion d’un art, envie de partager une histoire, etc). Donc la télé-réalité et tout ce qui veut toucher la ‘’masse’’ n’en sont pas, en revanche beaucoup d‘autres choses valent le détour.

      Dans le cas des émissions de masse, les premiers ciblés sont souvent les jeunes. Or un jeune c’est quelqu’un qui se cherche, qui veut comprendre le monde comme sa personne. Alors il suit des modes (ou pas). Et il arrive que ces derniers, au bout d’un moment, comprennent ce qui leur est nécessaire, ce qui leur convient, et ce qui ne l’est pas (ou il s’en lasse, juste). Les gens savent que certains font ça pour l’argent, sinon comment expliquer le déclin violent de l’audimat chez TF1 (dans leur dents !).
      J’ai jamais apprécié ce genre de choses, mais le divertissement ne se limite pas à ça. Quand j’ai plus d’inspi’ pour écrire ou dessiner, ou que j’ai passé une journée hardcore, je vais me détendre et me changer les idées de plusieurs manières, et parmi elles ils y a le divertissement. C’est pas un épisode d’Avatar qui va me tuer, ni l’humour de JDG (Joueur du Grenier)…

      Bref, je n’attribue pas au divertissement le don de nous distraire, mais plutôt celui de nous détendre un peu en nous faisant partager quelque chose d’autre que ce que l’on connaît. Après c’est pas tout rose partout, et j’assume ce problème, mais en général quand quelqu’un produit quelque chose seulement pour se faire remarquer: ou on l’oublie vite, ou tout le monde le hait (et ensuite on l’oublie). xD

      Les gens ne refusent pas un moment de divertissement, de détente, de légèreté. C’est un peu comme mettre « pause » sur sa vie et souffler un peu, et desserrer son slip en découvrant quelque chose. Juste pour voir ce qu’il se fait dans ce monde. Et chacun est juge.

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